Accessibilité Santé et Environnement de travail – Défi quotidien nécessitant la mise en place des solutions durables

Une évidence générale et à la portée de tous :

Le handicap fait partie de la condition humaine, pratiquement tout le monde, à un moment ou l’autre de la vie, aura une déficience temporaire ou permanente et ceux qui parviendront à un âge avancé connaîtront des difficultés fonctionnelles croissantes.

Espérance de vie et transition démographique : une valse à 3 temps !

En phase 1 de la transition, on constate une explosion démographique.

Quant à l’espérance de vie globale des deux sexes, elle a augmenté, passant de 65,3 ans (65,0 à 65,6) en1990 à 71, 9 ans (71,0 à 71,9) en 2013(Lancet, 2014).  L’Europe est en post transition et l’évolution de l’espérance de vie au Luxembourg est passée de 75,8 ans (72,6 à 79,1) en 1990/92 à 81,9 ans (79,5 à 84,3) en 2010/2012 (STATEC 2014). En d’autres termes, il s’agit du vieillissement des populations, un état qui nécessite la mise en place des conditions de vie et de travail plus adaptées pour conserver et sauvegarder le plus longtemps, si possible, l’autonomie et l’accès aux activités courantes de la vie, quel que soit le domaine considéré. L’entreprise n’y échappe.

Rapport mondial sur le handicap

Plus d’un milliard de personnes aujourd’hui dans le monde souffriraient d’un handicap, d’après l’OMS et la Banque mondiale (2010), soit entre 10 à 15 % de la population mondiale, soit une personne sur 7.

Personne handicapée ou Personne en Situation de Handicap (PSH) ?

Apparue depuis quelques années, cette expression, en plus  du parler « politiquement correct », désigne et englobe aussi bien les personnes atteintes d’un handicap permanent que tout individu pouvant éprouver une difficulté à accomplir une tâche dans un contexte donné, parce que il est confronté à un environnement non adapté. C’est ainsi que la notion des barrières sociales s’est, objectivement imposée, au point d’associer la notion de handicap à un environnement social et/ou de travail mal adapté et générateur de difficultés.

Comptes nationaux de santé

Il existe dans des pays comme la France la tenue administrative d’un compte social lié aux coûts du handicap. Le compte social du handicap en 2007 renseigne sur les prestations de protection sociale liées au handicap qui représentent 6,6 % de l’ensemble des prestations sociales en 2007, soit une proportion légèrement supérieure à celle observée en 2006 et 2005 (respectivement 6,5 % et 6,4 %). Entre 1990 et 2007, elles sont passées de 17,8 à 36,1 milliards d’euros, soit un taux de croissance annuel moyen de 4,2 % en euros courants (2,7 % en euros constants). Leur part dans le PIB est ainsi passée de 1,73 % en 1990 à 1,75 % en 2000 et enfin 1,91 % en 2007. Nul besoin de souligner les économies à faire si des mesures efficaces de prises en charges et prévention primaire étaient mises en place, régulièrement évaluées et réorientées en tenant compte de nouveaux paradigmes et des résultats des enquêtes sur l’incidence et la prévalence du handicap.

Accessibilité universelle : challenge citoyen !

L’accessibilité universelle est un concept d’aménagement qui comporte un certain nombre d’exigences destinées à favoriser l’utilisation des bâtiments par les personnes ayant des limitations fonctionnelles. Il s’agit d’exigences minimales, applicables à certains bâtiments qui favorisent l’utilisation pour tous les usagers. Un environnement qui répond à ce concept tient compte de toutes les déficiences (motrice, visuelle, auditive, cognitive, etc.) ainsi que des situations d’incapacité temporaire. L’accessibilité universelle permet à tous d’accéder à un bâtiment ou à un lieu public, de s’y orienter, de s’y déplacer, d’en utiliser les services et de participer aux activités proposées en même temps et de la même façon.

Quel est le rôle pour les entreprises ?

Tous les secteurs des activités de notre Société sont concernés : économiques, culturels ou de loisirs.

La construction et l’organisation doivent tenir compte des besoins de tous les utilisateurs potentiels, incluant les personnes ayant une limitation fonctionnelle. Les infrastructures doivent être en mesure, d’accueillir les personnes se déplaçant avec une poussette, une canne, une canne blanche de détection d’obstacles, des béquilles, un déambulateur, un fauteuil roulant, etc. Les postes de travail doivent être adaptés à chaque type de handicap sans préjudice pour la personne , ni à l’encontre de ses tâches professionnelles. Certaines entreprises font déjà face à un vieillissement non négligeable de leurs équipes. Les services SST révisent leur analyse de risques en conséquence et par ex. intègrent de nouveaux moyens de manutention de charges, des cadences différentes, des assises… etc.

Normes pour des principe de base de l’accessibilité

L’ONU évoque  « la conception de produits, d’équipements, de programmes et de services qui puissent être utilisés par tous, dans toute la mesure du possible, sans nécessiter ni adaptation, ni conception spéciale. » (Articles 2, 3 & 4f)

Le principe est de favoriser l’accès à tout pour tous, c’est à dire « la capacité d’atteindre les biens, les services ou les activités désirés par un individu »  de manière la plus autonome possible.

Pour l’EU : La conception universelle est la pierre angulaire des objectifs définis dans le plan d’action du Conseil de l’Europe pour les personnes handicapées 2006-2015.Cette méthode contribue à la prévention et à l’élimination des obstacles à l’intégration. Des nombreuses normes dites d’accessibilité sont développées.

Législations nationales

Plusieurs pays européens ont opté pour une législation en matière d’accessibilité visant la création d’un environnement accessible à tous et à toutes.

Il a été constaté, en plus , que les projets dont la conception tient

compte des besoins des Personnes en Situation de Handicap répondent aux besoins de la “moyenne générale” de la population. Citons par exemple les enfants en bas âge, les personnes qui transportent des bagages ou des caddies, les femmes enceintes, les personnes âgées et fragiles. La notion de “conception architecturale, industrielle et du milieu de vie pour tous” ou celle de “conception universelle” est synonyme de conception fonctionnelle adaptée à la “moyenne générale” de la population. Elle véhicule le message de l’égalité fondamentale entre les personnes qui sont handicapées et les autres.

Best practices  d’accessibilité fréquemment cité en environnement bâti au Luxembourg : 

Le Luxembourg a publié un “GUIDE des NORMES”, document jugé unique dans son genre. C’est un document d’information – générale et technique – sur la manière de construire accessible, texte accessible à la population malvoyante et aveugle.

En exemple, la réalisation en 2005, des salles de la Philharmonie, sise, 1 Place de l’Europe. Le grand auditoire, la salle de musique de chambre et l’espace découverte, ont été conçus  pour accueillir tous les spectateurs.

Les personnes valides et à mobilité réduite entrent par la même porte et rejoignent leur siège dans l’une ou l’autre salle par des couloirs suffisamment larges et au plan incliné.

Etude des entreprises au Luxembourg

Les demandes des entreprises  et notamment des grandes entreprises, est la mise aux normes de leurs installations en fonction de l’évolution des législations européennes puis nationales sur le sujet. L’évaluation de l’accessibilité des installations est une façon concrète pour aborder la thématique  du handicap. Les entreprises ont aussi conscience de la nécessité de sensibiliser leurs employés sur le sujet de handicap, sujet très souvent méconnu.

Données de notre enquête, portant  sur « les connaissances et attentes en matière des salariés handicapés en entreprises »

L’enquête a été menée, du 1er juillet au 15 septembre 2003, auprès des responsables des ressources humaines (RH) des entreprises luxembourgeoises comptant au minimum 25 employés.

Echantillon : 400 managers représentant 295 entreprises. Taux de retour de 15%.

Résultats :

Les entreprises avec label RSE de l’INDR ont une meilleure connaissance de la loi du 12 septembre, loi qui définit le nombre des postes (quota) à réserver aux salariés handicapés

Mise à part l’entreprise Cactus, 74 salariés handicapés (soit 64 % du quota de postes réservés aux SH) l’utilisation moyenne est inférieure à 2 SH, très loin des quotas légaux.

La seule motivation à l’embauche, citée à raison de 40 %, est celle des compétences du candidat (handicapé ou non handicapé) par rapport au poste à remplir

Le frein majeur à l’embauche est la configuration des locaux, idée (stéréotype) que le handicap est physique et visible, autrement dit le handicap moteur (fauteuil roulant). La valeur ajoutée de la présence des SH est , selon les responsables enquêtés, une ouverture sociale.

Un bon nombre d’entreprises souhaiteraient organiser des séances de formation et de sensibilisation. Elles reconnaissent, par ailleurs, ne pas disposer des outils de gestion des salariés handicapés.

Évaluation d’un aménagement existant

L’évaluation d’un aménagement existant permet d’identifier l’ensemble des problématiques d’accessibilité universelle d’un lieu, d’un bâtiment ou d’un équipement, en fonction des besoins de l’ensemble des usagers. Le processus d’évaluation inclut la visite des lieux, la cueillette des informations, l’analyse des données recueillies et la production d’un rapport avec recommandations (liste de problématiques et évaluation globale). L’analyse se fait avec une grille d’évaluation développée en fonction de tous les besoins des personnes ayant des limitations fonctionnelles (auditive, intellectuelle, troubles envahissants du développement (TED), langage/parole, motrice et visuelle). Les recommandations, un outil d’aide factuel à la décision, sont fournies aux responsables pour qu’ils définissent des priorités d’action. L’évaluation du coût de la réalisation est un service additionnel très souvent recommandé.

Sensibilisation, communication et formation

Avec l’évaluation, la sensibilisation du personnel se fait à tous les stades. Un kick off officiel du projet favorise les discussions internes sur le handicap. Un briefing de l’équipe en charge du projet sert concrètement à mettre tout le monde au même niveau de connaissance. Des ateliers de mise en situation de handicap ou des lunch and learn, sous forme de jeux de questions / réponses, style « serious game, organisés sur 2h maximum,  permettent de mieux comprendre la typologie des handicaps. La présentation de  quelques «  tips » de communication envers les personnes en situation de handicap décomplexe et « ouvre la parole » des collaborateurs. Ces activités peuvent être couplées avec des questionnaires pour évaluer le degré de connaissances des personnes clefs de l’entreprise sur le sujet du handicap. 

Le handicap est notre futur commun, les nouveaux leaders réussiront,  non pas en survivant à la tempête, mais en faisant autrement.

Même en ayant un handicap visible et définitif, les capacités de l’individu ne sont diminuées que par rapport à une situation donnée. Par contre ces mêmes capacités peuvent être mises en valeur face à une autre situation ou grâce à des adaptations qui tiennent compte des difficultés de l’individu.

Dans le contexte du monde du travail, une personne ayant un handicap aura d’autant plus à cœur de le compenser par d’autres aptitudes, compétences ou qualités. Généralement elle cherchera, non seulement à ne pas représenter ou se sentir comme une charge, mais aussi à apporter sa valeur ajoutée.

C’est d’abord un défi personnel, celui de dépasser ses propres limites.

Il revient donc à l’entreprise de savoir combattre ses craintes et ses préjugés vis-à-vis du handicap et de permettre l’expression des compétences de ces collaborateurs. L’entreprise devrait établir un environnement propice à l’épanouissement des qualités de tous ces collaborateurs; en particulier en  garantissant à ces collaborateurs handicapés, l’accès à l’information et aux applications métiers qu’il sera amené à utiliser. Il s’agit en définitive de la gestion de la diversité, source de progrès sociétal.

                       

          Le futur Titanic                                                    Nier l’évidence et se mettre à nu

Dr. Paul-Athanase Matamba, Médecin de Santé Publique

P. Marchal Griveaud, Dr. en Sc, experte RSE / DD;  We&Co

Advertisements